ANATOLI VASSILIEV – Ion, ou l’art du rhapsode. La présence et l’absence

 

Dirigé par Anatoli Vassiliev

Du 10/12/2018 au 19/12/2018 

Coût pédagogique : 600 € individuel  / 1200€ organisme

> STAGE COMPLET 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Objectif pédagogique :

L’objet de ce stage est d’initier à l’art du rhapsode, dans le but d’amener acteurs et actrices à le maîtriser dans leur propre pratique. Comment procéder ? Quelles techniques, quels chemins emprunter ? Comment s’exercer ?

Qu’en est-il de l’art du théâtre aujourd’hui ? En est-il même encore question ? Son absence se fait de plus en plus fréquente. En tant qu’art, la présence même du théâtre dans la Cité est paradoxale.

Au cours de ces deux semaines d’action, de pratique artistique, nous allons nous tourner vers le problème le plus important du théâtre : l’acteur et son existence scénique. Que considérer ? La présence d’une personne ou son absence ? La présence ou l’absence du personnage ? Personnage ou personne ? Est-ce « votre » personnalité ou bien « quelqu’un d’autre »? Y a-t-il des techniques par lesquelles l’acteur déclare sa présence en tant que personnage dans un acte de théâtre jusqu’à l’absence de sa « personnalité », ou existe-t-il d’autres possibilités — être plutôt un personnage de théâtre dans une œuvre dramatique ? Le Rhapsode, qui est-ce ? Quelle est la mesure de la fiabilité et de l’hypocrisie ? Est-il possible d’équilibrer « la vérité » et « le mensonge » ?

De ces questions dépend le libre accès à la métaphysique du théâtre.

Pour y parvenir, nous agirons sur du matériel pratique et concret.

Voici les trois textes de Platon qui seront travaillés :

Ion, Ménon – (la partie concernant le dialogue de Socrate avec l’esclave de Ménon), Hippias Mineur.

L’art rhapsodique opère entre présence et absence, entre personne et personnage. C’est en jouant sur ces écarts subtils qu’acteurs et actrices trouveront leur créativité dans le milieu de jeu qui naît de ces décalages.

Dans le théâtre d’aujourd’hui, ce n’est plus le caractère du personnage qui détermine le parcours, c’est la vraie personne de l’acteur qui entreprend cette aventure et veut la jouer à tout prix jusqu’à la fin. Et cet événement principal auquel il espère aboutir est envisagé comme la résolution d’une énigme, la résolution d’un puzzle compliqué.

Habituellement, la formation d’acteurs se bâtit sur la base de notre nature physique et émotionnelle, notre perception, fragile, fluctuante, et même toutes nos hésitations, toutes nos incertitudes. L’acteur vise à sublimer ses passions et ses souvenirs, à exciter le cœur le plus intime de ses émotions et de ses sentiments à toucher les puits les plus secrets de son subconscient.

Mais les dialogues ludiques et abstrait de Platon peuvent aussi être pris pour fondements, et servir de point de départ. Cela implique que, au lieu de situer normalement le centre de sa vie émotionnelle à l’intérieur de lui-même comme le fait spontanément tout être humain, l’acteur est invité à le déplacer vers l’extérieur et à le garder toujours en vue, devant lui. Il joue ainsi, pour l’essentiel, avec ce centre, le regarde de façon détachée, créant et renouvelant les infinies possibilités ludiques de des propres émotions, de sa propre nature. On peut dire que, durant leur interprétation des textes de Platon, les acteurs, engagés dans le dialogue en tant que personae, en tant que « personnes » vivantes, mènent leurs personnages respectifs à travers les paysages périlleux de leurs rôles, à travers tous les virages et les détours, les « nœuds » de leurs parcours vers l’événement principal où tout est enfin révélé.

Il importe donc de pouvoir créer avec des artistes de la scène sachant repérer les structures ludiques et psychologiques, car, ayant appris à les distinguer conceptuellement, à connaître leurs techniques respectives pour maîtriser dans leur pratique les différents processus, ils peuvent jouer avec en les combinant, de manière réjouissante et vivante.

Leurs études, qui ont recours à l’improvisation collective, tendent à ressembler à une jam-session de musiciens de jazz. Pour développer l’art rhapsodique, Anatoli Vassiliev s’est en effet appuyé sur la pratique de l’étude, qu’il a fait évoluer. Profondément enracinée dans l’improvisation libre, cette pratique a d’abord été fondée sur les expériences du Stanislavski de la période des « actions physiques », et surtout sur l’approche de Maria Knebel, le premier maître de Vassiliev pendant son apprentissage dans la célèbre école russe, le GITIS.

La friction entre psychologie et ludisme entrouvre une troisième voie d’exploration, suscitant le questionnement psychologique, métaphysique et donc existentiel. Par son énergie, l’acte rhapsodique est comme une flèche irradiante qui traverse actions psychique, physique et verbale pour révéler sur scène de brefs instants d’éternité.

Programme :

Lundi, mardi, mercredi,samedi, dimanche de 11h à 18h, jeudi et vendredi de 12h à 19h

Alternant sur le plateau travail théorique et analytique, expérimentations, épreuves pratiques et conseils concrets (concernant notamment la préparation et la conduite d’études, l’élaboration et la présentation de compositions, suivies de retours), le processus sera mené en suivants les points suivants :

  1. Comment mettre en mouvement, en action, en vie, le texte non dramatique a partir des trois textes de Platon Ion, Ménon (la partie concernant le dialogue de Socrate avec l’esclave de Ménon) et Hippias Mineur.
  2. S’accorder sur l’analyse de l’actions psychique, physique e verbale
  3. Conduire le jeu avec ses partenaires, selon l’action transversale
  4. Distinguer improvisation, étude et composition
  5. Exister dans l’étude et l’action verbale
  6. Repérer et prendre appui sur les structures psychologiques, ludiques et métaphysiques
  7. Le règles de construction du dialogue et du jeu philosophique
  8. L’art du Rhapsode

 

Anatoli Vasiliev

Né en 1942 à Danilovka en URSS, Anatoli Vassiliev mène tout d’abord des études supérieures de chimie à Rostov-sur-le-Don, puis devient pour un temps chercheur dans un institut de chimie en Sibérie et sur un bateau de recherches océanographiques au port de Vladivostok. En 1968, au GITIS de Moscou, il se forme auprès d’Andreï Popov puis de Maria Knebel, ancienne élève de Stanislavski. Dans les années 1970, alors que le paysage culturel est verrouillé par le régime soviétique, il dirige une troupe et monte plusieurs spectacles à Moscou, au Théâtre Stanislavski puis au Théâtre Taganka.

La Pérestroïka lui permet de s’établir et de fonder le théâtre École d’art dramatique en 1987, qu’il inaugure avec Six personnages en quête d’auteur de Pirandello. Ce théâtre − qui a déménagé en 2001 dans un bâtiment neuf dont il a élaboré l’architecture avec le scénographe Igor Popov − fut pendant près de vingt ans un laboratoire où Vassiliev put développer une recherche formelle majeure à travers les écritures russes et européennes, interrogeant en profondeur le travail du comédien, dans son utilisation de la voix et du corps, et l’organisation générale de la représentation théâtrale. Des comédiens français séjournent régulièrement à l’École d’art dramatique de Moscou, notamment grâce à l’Académie expérimentale des théâtres, avec laquelle Anatoli Vassiliev collabore à plusieurs reprises.

La situation politique de la Russie contemporaine le conduit à une rupture des rapports avec son administration : il quitte son théâtre en 2006 et s’installe en France. Les premières tournées à l’étranger d’Anatoli Vassiliev datent de la fin des années 1980 (Le Cerceau de Slavkine, en 1987-1988). Depuis, il présente ou crée ses spectacles dans de nombreux pays européens, acquérant progressivement une renommée internationale. Son théâtre était depuis des années membre de l’Union des Théâtres de l’Europe (UTE). La pédagogie étant une part indissociable de son travail, il n’a jamais cessé d’enseigner sa méthode, menant de nombreux stages partout en Europe (en France à l’ARTA – Cartoucherie de Vincennes), travaillant avec les écoles de théâtre, comme à l’ENSATT (Lyon) où il a dirigé de 2004 à 2008 un département de recherche et de formation à la mise en scène.

Anatoli Vassiliev a reçu de nombreux prix et distinctions : Il a été nommé Lauréat du prix Stanislavski de la Fédération de Russie (1988), prix européen des Nouvelles réalités théâtrales de Taormina, Italie (1990), prix Chaos (prix Pirandello) à Agrigente, Italie (1992), prix Stanislavski, Moscou (1995), prix Masque d’Or, Moscou (1997), prix Coupe Ubu pour la pédagogie théâtrale, Milan (2012). Il est Maître Émérite des Arts de Russie (1993), chevalier des Arts et des Lettres (1989), chevalier des Palmes Académiques (2005), commandeur des Arts et des Lettres (2006).

Il est l’auteur de plusieurs ouvrages publiés en Russie, en Hongrie, en Grèce, au Brésil, en Italie, en Suisse, ainsi qu’en France (À propos de Bal masqué (Lansman), Sept ou huit leçons de théâtre (P.O.L), L’Analyse-action de Maria Knebel (Actes Sud-Papier).