Mises en jeu de l’histoire vécue et inventée

Stage dirigé par Lucia Bensasson et Jean-François Dusigne

du 06 mars au 10 mars 2017

du lundi au mercredi – de 11h à 18h
du jeudi au vendredi – de 12h à 19h

durée totale 30 heures
prix individuel : 250 € – prix organismes 500 €

« La vie n’est pas ce que l’on a vécu,
mais ce dont on se souvient et comment on s’en souvient. »

Gabriel Garcia Marquez, Vivre pour la raconter

« On oublie trop souvent que tout est contenu dans un détail, dans un petit rien.
Au fond, si tu as le bon regard, tu verras le monde dans un geste.
On peut aussi décider que tout est mantra. Cette tasse de café, si je la regarde vraiment bien, si je laisse mon imagination aller depuis ce reflet que je vois entre trois feuilles d’arbres, vers le ciel, je pense aussi au ciel, et si je pense au ciel, je pense à Dieu, si je pense à Dieu, je pense à sa création, je reviens vers le monde, je pense à la lutte, à la façon dont sans cesse nous défions la création, quelle qu’elle soit, qu’elle ait été divine ou scientifique, nous la méconnaissons, nous la défions, nous l’abîmons. Enfin, on peut partir dans une très longue méditation sur cet objet qui est comme un mantra tibétain, c’est-à-dire objet de méditation. »

Ariane Mnouchkine[1]

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Objectifs : Comment seul ou à plusieurs, saisir, dire et jouer l’histoire terrible, joyeuse, troublée ou effrayante de notre temps ?

 Tel sera le triple défi :

  • Parvenir à témoigner par le jeu d’acteur de l’actualité, sur un espace vide, en comptant sur ses ressources techniques et imaginatives, corporelles et vocales.
  • Faire en sorte que chacun puisse se rendre capable d’interpréter soi-même les différents personnages d’une histoire : par le geste, la parole, croire en ce qu’on raconte et faire croire à son histoire.
  • « Chercher le petit pour trouver le grand » : de l’aventure personnelle aux mythologies collectives, du fait divers à la comédie-tragique. Ce dont on se souvient, ce qu’on oublie ou ne parvient pas à oublier… Relier ainsi chaque histoire individuelle à l’histoire d’une communauté, d’un peuple…

Les techniques du masque et de l’improvisation, le jeu en relation, la maîtrise de procédés de conduite linéaire et de collage fragmenté, d’outils d’écritures de plateau, l’improvisation, l’inspiration des techniques du masque serviront d’éléments concrets pour une recherche expérimentale sur des enjeux actuels.
Chaque participant pourra concrètement développer sa propre veine satirique, pour réaliser un théâtre vivant qui concerne le public d’aujourd’hui, en étant susceptible d’ébranler ou de faire bouger les idées reçues.
En s’initiant aux techniques du récit joué et chanté, en prenant appui sur l’apprentissage de partitions textuelles et scéniques, en recourant à l’improvisation, il s’agira de composer des histoires en les « écrivant », en les « éprouvant » en scène.
Tout en laissant des plages d’imprévu, la structuration de séquences servira de base à des essais, où l’ensemble des participants réunis formera un « premier public ».
Avec ces essais, chacun pourra tester en toute confiance ce qui aura été préalablement fixé lors de séances en comités réduits, s’entraîner à naviguer entre le construit et l’improvisation, avec la nécessité de s’adapter aux réactions des spectateurs.

En fin de parcours, ces histoires conduiront à présentation publique et enregistrement filmé.

 

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  • Avec les masques : improviser et jouer des histoires

En s’inspirant de l’actualité, en s’appuyant sur son vécu, chacun sera invité à porter en scène une histoire où se croisent différents personnages.
Ensemble, nous construirons nos outils pour muscler l’imagination, épingler les contradictions humaines, dénoncer les moindres travers du monde par autant de traits de satire et d’humour.
Seront travaillées les différentes manières de passer d’un personnage à l’autre, de prendre à partie le public, de jouer avec les spectateurs, de s’appuyer sur les actions psycho-physiques, la musique et le rythme, de jouer avec l’espace, partenaire, dans le passage du rire au tragique.
Nous tirerons parti des techniques du masque, de la commedia dell’arte et du clown, auxquels s’ajouteront celles de l’art du conteur-joueur pour saisir par le détail les événements contemporains. Comment traiter de l’actualité ? Les références au burlesque, à Chaplin seront utiles.

  • Ecritures et mises en jeu

Comment, sur un plateau nu, seul et à plusieurs, dans la relation avec l’autre, articuler une ou des histoires, composer actes et paroles, du souvenir intime à l’histoire collective, de l’autofiction au mythe…
Raconter/jouer l’événement passé, se souvenir, voir, sentir, produire des images : pour s’en décharger ? tenter de comprendre ? réactiver l’instant ? résister à l’oubli ? ne plus le revivre ? modifier les points de vue ? libérer la parole ? la réinventer ?…
Comment écrire ces fragments d’histoires dans l’espace et le temps du plateau, de la linéarité au montage, de l’enchaînement de causes à effet aux techniques du collage…
[cml_media_alt id='3296']Valentina[/cml_media_alt]De l’élaboration personnelle à l’écriture collaborative, du réel à sa poétisation, les essais pratiques viendront ici nourrir la réflexion commune : les propositions de jeu qui accompagneront les exercices d’écritures scéniques viseront à brouiller les repères traditionnels, à voyager entre les cultures, dans le monde réel ou onirique en n’hésitant plus, dans sa prise au monde, à croiser différents registres, à passer du témoignage documentaire au conflit de forces cosmologiques, de la distance du récit mythologique à l’éprouvé…
En pratiquant, chacun maîtriser les outils nécessaires pour créer ensemble, combiner émotion et récit, incarnation et mise à distance, explorer les rôles de passeur, de rhapsode ou encore de joueur…
Ce faisant, les questions liées à l’adresse aux spectateurs, à leur réception, ainsi qu’à la notion de catharsis seront posées.

 


 

[1] Ariane Mnouchkine, Jean-François Dusigne, « La célébration de l’instant, Conversation », in Les Voyages ou l’ailleurs du théâtre, Alternatives théâtrales, Sorbonne Nouvelle-Paris 3, Paris, p. 36-52.