A.M. VALLEJO / J.F. DUSIGNE : De l’impulsion du texte à l’écriture du corps

 

Stage dirigé par Ana Maria Vallejo de la Ossa et Jean-François Dusigne

Du 03/04/2018 au 07/04/2018
horaires : de 11h à 18h (jeudi et vendredi 12h-19h)
5 jours -30 heures
250€ individuel – 500€ organismes


Objectifs pédagogiques :

A partir d’explorations fondées sur l’écriture du corps, Ana Maria Vallejo de la Ossa invite les acteurs à s’approprier son texte : Pieds nus sur les pierres de sel.  Les expériences personnelles de voyages, déracinements, et rencontres nourriront cette recherche métisse, articulant travail dramaturgique et scénique.
Pieds nus sur les pierres de sel, est, en français, le titre le plus proche de celui de son œuvre la plus récente. Sa structure est intimement liée aux croisements de chemins, où l’errance et les rencontres éphémères conduisent à nous interroger sur l’humain dans un immense désert.
Prenant ce texte comme matériau ouvert à une réécriture, les participants travailleront sur la manière de représenter l’errance elle-même, le mouvement de l’existence, l’instabilité et la fragilité de chaque vie, à partir de l’approche de certains instants humains. Pour cela, les acteurs exploreront dans leurs propres corps, avec leurs propres corps, les traces de voyages, déracinements, rencontres, paysages, chemins. Le corps écrit sur la scène à partir de ces écritures textuelles.

Il y a quelques années, Ana Maria Vallejo a réalisé une série d’ateliers de création théâtrale dans le département de la Guajira, au nord de la Colombie. Par ce travail, elle a pu entrer en contact avec la culture indigène Wayúu, sans doute le groupe ethnique le plus important de Colombie, appartenant à la famille linguistique Arawak. Au-delà de l’intérêt « anthropologique » que cette expérience a éveillé, le grand territoire désertique de la Guajira a provoqué chez elle une recherche poétique particulière, notamment face à ce paysage aride et désolé, devant les étranges rencontres qui s’y produisent, devant la musique des paroles incompréhensibles des Wayúu, devant la violence de certains espaces misérables, et la vertigineuse sensation de liberté que produit le désert, quelques questions se sont imposées à elle :
Comment représenter l’illimité dans les limites de l’œuvre théâtrale ? Comment évoquer le silence dans une œuvre qui se construit à travers la parole ? Comment recréer le désert et les mouvements émouvants que cette apparente quiétude produisent dans l’âme de ceux qui le traversent ? Comment faire de cet espace de sensations et d’expériences, un espace poétique qui fonctionne comme une métaphore des déserts intérieurs de l’être ? Comment se représente le vide ? Les rencontres impossibles ? L’amour et ses musiques ?

Ces questions ont inspiré son écriture.

L’atelier « de l’impulsion du texte à l’écriture du corps » cherchera à explorer à partir des possibilités de l’œuvre de fiction la réalité multiculturelle dans laquelle nous vivons et en même temps les drames personnels qui s’y entretissent, répondant à une des fonctions essentielles de l’art : interroger la réalité dont nous faisons partie à partir de la création poétique.
Dans le texte, des fragments espagnols croiseront la traduction française, et se mélangeront selon l’origine des participants, avec d’autres langues ; tout en répondant à l’idée que plus tard « le spectateur » pourrait suivre « les histoires » et pénétrer dans l’univers des personnages, même s’il ne comprend pas certaines parties de leurs dialogues. Pour cela, la création d’atmosphères, de paysages, tant externes qu’internes aux personnages seront primordiales dans le travail. La construction symbolique à laquelle cette recherche aboutira peut par moment rompre avec la notion traditionnelle de fable, sans cesser d’être cependant d’une grande force théâtrale.
Cette tour de Babel ainsi édifiée pourra faire partie du travail : la langue ne communique pas seulement du sens mais aussi des sensations, raconte et créé des mondes, des espaces, et peut finalement être symbolisée comme barrière ou pont.
La musicalité de la parole sera également explorée dans l’écriture.

 

Objectifs généraux :

  • Réaliser une proposition d’écriture corporelle novatrice, à travers les propositions des acteurs, de leurs corps, leurs mouvements, leurs musicalités, paroles et silences.
  • Donner forme à un univers poétique à partir de la recherche de matériaux issus de témoignages, historiques, linguistiques sonores et visuels de diverses cultures.
  • Rechercher les différentes possibilités qu’offre à l’acteur un espace-temps fictionnel dans lequel se croisent des espaces géographiques et culturels très éloignés : Paris-Mexico – La Guajira.
  • Interroger, grâce au jeu de l’acteur, sur ce qui, dans la vie actuelle complexe, nous reste de commun.
  • Explorer au moyen de la construction de partitions de mouvements la relation avec l’altérité, avec l’autre, qui également nous constitue et nous définit, et avec la nature qui, comme le dirait Michel Serres, est le troisième personnage incontournable de cette oeuvre.

 

Ana Maria Vallejo de la Ossa

Ana Maria Vallejo de la Ossa est une comédienne, metteur-en-scène et universitaire colombienne. Elle a effectué sa formation théâtrale à la « Stella Adler School » de New York, avant d’enchaîner de multiples expériences en tant que metteur en scène, dramaturge, scénariste, comédienne et pédagogue.

Elle fonde en 1994 la Compagnie Río Teatro Caribe, à Paris, avec Talía Falconi et Francisco Denis. Elle a été professeur de dramaturgie dans la formation de Cinéma et Télévision à l’Université Nationale, professeur d’analyse et interprétation du texte dramatique dans la spécialisation de voix scénique de l’ENAD, puis directrice de l’École d’Art Dramatique du Ministère de Culture (ENAD) en Colombie. Elle obtient la bourse du British Council pour la résidence artistique au Royal Court Théâtre de Londres, en août 2000 avec la pièce Magnolia perdue dans les rêves. Elle a collaboré comme actrice dans Quai Ouest, avec la compagnie Mapa Teatro, dans une mise en scène de Rolf Abderhalden, puis avec la compagnie française Dromesko, dirigé par Igor Dromesko. Plus récemment, en 2010, elle a gagné le prix national de Littérature dramatique avec Oraciones, de l’université d’Antioquia, Colombie. Elle 2013, elle obtint une bourse de Recherche Théâtrale du Ministère de Culture, Colombie, et met en scène Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare au Théâtre Jorge Eliécer Gaitán, Bogotá, Colombie. En 2016, son œuvre Pies morenos sobre piedras de sal obtient le Prix Iberescena-Ibermúsicas avec le compositeur Federico Valdez ; et en 2017    devient professeur à la Faculté d’Arts de L’Université d’Antioquia, Medellín, Colombie, et met en scène sa pièce Magnolia Perdida en sueños.


 

Jean-François Dusigne

Acteur, metteur en scène et pédagogue. En tant qu’acteur, il a notamment été membre du Théâtre du Soleil. Parallèlement à son parcours artistique, il est professeur en arts du spectacle, théâtre, ethnoscénologie à l’Université Paris 8. Il est depuis 1999 codirecteur artistique d’ARTA, Association de Recherche des Traditions de l’Acteur. Il est également sophrologue, spécialisation «relaxation et anxiété – gérer le trac». Il a été promu en 2014 chevalier de l’ordre des arts et des lettres. Il est auteur notamment de Le théâtre d’art, aventure européenne du XXème siècle, L’acteur naissant, la passion du jeu, et Les passeurs d’expérience, ARTA, école internationale de l’acteur, publiés aux Editions Théâtrales. Depuis 2011, il est porteur du projet Labex Arts-H2H « les processus de transmission et d’échange dans la direction d’acteurs »