Choralités en jeu : la musicalité dans le travail de l’acteur

Stage dirigé par Marcus BORJA

Du lundi 29 mai au vendredi 09 juin 2017

du lundi au mercredi – de 11h à 18h
du jeudi au vendredi – de 12h à 19h
durée totale 60 heures
prix individuel : 600 € – prix organismes 1200 €

 


Le spectacle « Théâtre » sera joué au Théâtre de la Cité Internationale  du 24 au 28 avril 2017: Théâtre de Marcus Borja


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« Théâtre »,création collective sous la direction de M. Borja

Objectif du stage :

Ce parcours propose une approche musicale des techniques et poétiques de la scène. Il s’agit d’interroger et faire agir, dans le travail du plateau, la similarité et la complémentarité des modes de perception du temps et de l’espace dans la musique et dans le théâtre à partir de la vocalité de l’acteur-performer. Nous nous intéresserons aux notions d’écoute, rythme, phrasé, ligne mélodique, harmonie, contrepoint, polyphonie, aussi bien dans leur rapport au travail du texte qu’à la dynamique et aux mouvements scéniques. Il s’agit de mettre en évidence, au moyen de différents exercices, la nature essentiellement musicale – notamment en ce qui concerne le rapport temps-rythme et l’harmonie chorale de la scène – des principes structurant l’organisation et l’accomplissement du phénomène théâtral.
Trois axes principaux orientent nos séances de travail et structurent les créations scéniques issues de ce dernier :
– le travail de l’écoute (interne et externe ; individuelle et collective), socle indispensable au jeu de l’acteur – résolument inscrite dans le présent de la scène et de l’action – et garant de la qualité de son interaction avec l’objet (texte, chant, canevas), avec l’autre, avec l’espace ;
– le travail de la voix et la recherche sonore à partir du matériau vocal aussi bien du point de vue technique qu’expressif. Ce travail se décline dans différents contextes d’exécution : le texte et la musicalité des mots, l’improvisation vocale dans le sens large, le chant polyphonique, le bruitage, la percussion corporelle.
le travail de l’espace, Création, transformation et mise en mouvement d’espaces poétiques à partir de l’élément sonore et de la vocalité sur scène.

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L’écoute est le pilier qui soutient l’ensemble du travail. Elle est perçue ici non pas uniquement comme l’accomplissement ou le résultat d’un mouvement de l’extérieur vers l’intérieur, un « se laisser traverser par », mais aussi – par opposition, et donc, dans une tension féconde et permanente – comme un mouvement de l’intérieur vers l’extérieur, une traversée active de l’espace et de l’autre. C’est précisément la tension créée entre ces deux mouvements qui génère un état de pleine présence, une potentialité créative de/dans l’instant présent partagé et concret qui, même en l’absence de sons « audibles » rend même le silence palpable.

La voix nous intéressera ici en toute sa tactilité et sa corporalité. Émanation concrète du présent sensible, elle est indissociable du corps qui la porte, l’apporte et la supporte. Le corps chantant est à la fois producteur et produit de la vibration du son ; il expérimente et se fait traverser par l’énergie qu’il a lui-même générée. En outre, la gamme de possibilités sonores et expressives que peut produire notre appareil phonateur – qui se multiplient encore à l’infini quand on combine les sons produits par plusieurs personnes vocalisant ensemble – est une porte grande ouverte à la création. Que ce soit la voix parlée, chantée, criée, choralisée, tout ceci constituera à la fois l’outillage et la matière de notre travail.

Plus qu’une chose, la voix peut aussi être un espace déployé dans le temps. Elle est le « lieu d’une absence qui, en elle, se mue en présence » (Paul Zumthor). Il s’agit ici de penser la vocalité comme localité ; la voix non seulement tisseuse de relations, mais aussi bâtisseuse d’espaces sensibles, univers et paysages sonores. Elle est certes, ce pont, ce bras, ce chemin tendu vers l’autre déployé dans l’espace, mais peut aussi incarner elle-même cet espace aux dimensions mouvantes et en perpétuelle réinvention.
Bien plus que des notions de solfège ou déchiffrage, l’approche de la musique, dans son essence, se relie à un processus beaucoup plus intuitif et immédiat. Surtout lorsqu’on constate, en effaçant les frontières (actuelles) entre les arts, que la musique a toujours été associée à l’action scénique. Penser, explorer e potentialiser la musique – ou, plus largement, la notion de musicalité – comme matière-première « concrète », indissociable du travail de l’acteur, inscrit au présent de la scène e du jeu.

Déroulement d’une journée type :

  • Échauffement collectif et préparation du corps/voix : verticalité, élasticité, gestion du souffle et colonne d’air, redéfinition du rapport inspiration/expiration, résonateurs corporels, points d’articulation (voyelles, consonnes), projection, émission, amplitude de la voix parlée et chantée.
  • Exercices d’entraînement : rythme, écoute, adresse, précision du geste scénique et vocal, rapports voix-espace, improvisations sur de diverses matières vocales et rythmiques,
  • Travail sur le texte (individuel et collectif) : phonétique, syntaxe, rythmique, musicalité du texte, versification, rapports syntaxe/musique. Auteurs dans le programme : Jean Racine ; Victor Hugo ; Charles Baudelaire ; Samuel Beckett ; Jacques Rebotier, entre autres…
  • Pratique chorale polyphonique : notions d’harmonie, contrepoint, écoute chorale et sonorité d’ensemble.


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M. Borja

Marcus BORJA :

Docteur en Études Théâtrales (Sorbonne Nouvelle/Université de São Paulo) et doctorant metteur en scène SACRe (ENS/CNSAD), il enseigne à l’Ecole du Nord, à l’École Supérieure d’Art Dramatique de Paris, au Cours Florent, et dirige le chœur du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique. Il enseigne également à l’Institut d’Études Théâtrales de la Sorbonne Nouvelle et donne régulièrement des stages de techniques théâtrales en France comme à l’étranger.

Après une formation d’acteur au Brésil et un diplôme de lettres modernes à l’Université de Brasilia, il s’est formé en France à l’École Jacques Lecoq, à l’École Supérieure d’Art Dramatique de Paris (ESAD) et au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique (mise en scène). Il a également une licence et un master en histoire de l’Art et muséologie à l’École du Louvre. Il se produit aussi bien en tant que comédien et metteur en scène qu’en tant que chanteur et musicien. Il a travaillé notamment avec Jean-Louis Hourdin (Théâtre du Vieux-Colombier), Jacques Rebotier (Opéra de Reims), Sophie Loucachevsky (Musée du Louvre et Théâtre National de la Colline), Fausto Paravidino (CNSAD), Éric Ruf (Opéra Comique), Yoshi Oida, Meredith Monk, Christiane Jatahy, Antônio Araújo, Nada Strancar, entre autres.

Parmi ses dernières créations, Le Chant des signes, « solo pour voix, tripes, piano et accordéon » d’après des poèmes inédits de Sony Labou Tansi, commandée pour l’édition 2015 du festival Les Francophonies en Limousin, et THEATRE, spectacle sonore choral pour 50 acteurs en 35 langues présenté aux festivals JT16 et Impatience 2016 dans la grande salle de La Colline Théâtre National et repris en avril 2017 au Théâtre de la Cité Internationale à Paris.

Il co-organise en novembre 2015, au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis, le colloque international Pratiques de la voix sur scène : de l’apprentissage à la performance vocale, réunissant chercheurs, artistes et pédagogues du monde entier. Il a publié plusieurs articles et essais, notamment Du collectif au collaboratif : tendances et évolutions de l’écriture scénique au pluriel dans l’ouvrage Les Collectifs dans les arts vivants depuis 1980, éd. L’Entretemps, 2014 ; et L’Écoute active et le silence parlant : la musicalité comme base pour la direction d’acteurs, dans l’ouvrage La Direction d’acteurs peut-elle s’apprendre ? (dirigé par Jen-Fran;cois Dusigne),, Les Solitaires Intempestifs, 2015, et Présences audibles et écoute en  présence: pour une poétique sonore du théâtre, Revue Sciences/Lettres ENS, éditions Rue d’Ulm (à paraître en novembre 2016).

Il travaille actuellement sur une nouvelle création autour du Livre de l’Intranquillité de Fernando Pessoa et collabore avec la metteuse en scène Christiane Jatahy sur sa prochaine création pour la Comédie Française, La Règle du jeu, d’après le film de Jean Renoir, qui se jouera de février à juin 2017 à la Salle Richelieu.