LE COSMOS POLONAIS – Jerzy KLESYK

Stage dirigé par Jerzy Klesyk
Du lundi 23 juin au vendredi 11 juillet 2014
conventionné  AFDAS
Durée du stage: 90 heures

Du lundi au jeudi de 11h à 18h, et le vendredi de 12h à 19h.

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Jerzy KLESYK
photo: Laurent ZITTE

 Metteur en scène et acteur, Jerzy KLESYK a gagné une réputation internationale par sa manière de diriger acteurs, danseurs, chanteurs, et metteurs en scène.
C’est une joie que de travailler les rôles avec ce grand connaisseur des textes, qui sait donner les clés pour découvrir les répertoires et créer sur scène un jeu vivant. Avec lui, le geste devient action, la parole prend corps.

Diplômé du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Varsovie, formé également au Théâtre Laboratoire de Jerzy Grotowski, il a tourné dans les films du réalisateur Andrzej Wajda tout en étant acteur au Théâtre Wspolczesny de Varsovie.
En 1992, une bourse de la Japan Foundation Artist Fellowship Program Etudes lui a permis de s’initier aux arts traditionnels du Japon.

Il a signé des mises en scène dans les théâtres nationaux polonais, tels que le Théâtre Polski de Varsovie et le Théâtre Slowacki de Cracovie où il a notamment dirigé Andrzej Seweryn. En France, il fut l’un des premiers à monter les pièces de Howard Barker, et il a mis en scène et dirigé des personnalités tels que Nada Stancar, Serge Maggiani, Philippe Duclos, au théâtre et à l’opéra… Il a également réalisé à la Réunion des nombreuses mises en scène (de Shakespeare, Strindberg, Tchekhov notamment).

Il collabore depuis 2005 avec la chorégraphe Maguy Marin, en tant que formateur de théâtre des danseurs de sa compagnie. Il a également tenu pendant cinq ans la classe théâtre en son Centre Chorégraphique National où il a travaillé sur le thème « être auteur de son propre geste ».

Le cosmos :
L’objectif de ce stage, destiné à des comédiens professionnels, est d’interroger la grande tradition dramatique et théâtrale polonaise afin d’y trouver des inspirations et des ressources pour le jeu.
Un cosmos est un univers vivant, doté de ses lois propres comme de son propre hasard, de ses paradoxes singuliers.
Se détacher provisoirement de son propre cosmos en allant visiter le cosmos de “l’autre” est une nécessité pour qui espère se comprendre soi-même et évoluer. Pour un comédien, traverser un cosmos autre en tant que tel, c’est revisiter les couches profondes et inconscientes de son propre art.

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Judith
photo: Marc DEYMONAZ

Le théâtre polonais :
Très estimé en France, quoiqu’encore assez mal connu, le théâtre polonais témoigne depuis deux siècles d’une étonnante vitalité.
Tout commence au XIXème siècle quand, après l’échec de l’insurrection de 1830, Paris devient la capitale culturelle des Polonais : de nombreux et prestigieux artistes et écrivains s’y installent. C’est à Paris que furent publiées des œuvres majeures du théâtre polonais, comme Les Aïeux de Mickiewicz – lequel s’est vu offrir les moyens de développer, du haut de sa chaire au Collège de France, sa vision du théâtre.
L’héritage de Mickiewicz n’a cessé de nourrir et de hanter la création théâtrale polonaise : Grotowski, Kantor, Lupa, Warlikowski, Wyspianski, Witkiewicz, Gombrowicz… et tant d’autres, auteurs, metteurs en scène, tous s’y réfèrent, chacun à sa façon, parfois sur le mode de la vénération, souvent sur celui de la révolte et de la dérision.

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photo: Laurent ZITTE

En Pologne, le théâtre est pensé comme un lieu de rencontre et de confrontation, plutôt que comme un lieu de production et de consommation de l’art. Affirmant son caractère rituel, politique et spirituel, ce théâtre, nourri du romantisme prométhéen qui imprègne l’esprit polonais de l’époque, est avant tout lutte, désir de réenchanter un monde qui a perdu ses repères, ses dynamismes.

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Le songe d’une nuit d’été
photo: Laurent ZITTE

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Le songe d’une nuit d’été
photo: Laurent ZITTE

La tradition de jeu polonais :

Cette tradition polonaise à laquelle j’appartiens, qui m’a formé et que je revendique, accorde à l’acteur une place centrale : il est le cœur même de l’action théâtrale, rien ne peut exister sur le plateau qui ne soit en relation étroite avec lui, avec les nécessités de son jeu.
De ce fait, le théâtre polonais à toujours accordé une très grande place aux recherches sur l’art de l’acteur et sur ses techniques de création. Ces recherches tentent d’apprivoiser un mystère, celui du jeu vivant, impactant – en cerner les lois, en maîtriser l’authenticité dans son émergence comme dans sa répétition.
Nées de l’expérience de praticiens du plateau, toutes ces techniques ont été conçues comme des outils au sens strict : elles sont là pour servir le jeu, stimuler l’imagination, développer l’authenticité émotionnelle, l’inscrire dans le corps.
Elles exigent de celui qui les met en œuvre une attitude d’observation, d’attention et de curiosité passionnée pour le jeu lui-même. Elles assignent au jeu une seule mission : exister, faire exister la fiction, lui donner l’impact même de l’action réelle sur le spectateur.
Elles impliquent une éthique de travail particulière, faite de dévouement, de rigueur, d’interrogation sincère sur soi-même et sur son instrument – une interrogation qui a vocation à traverser la totalité de la personne. Cette éthique de travail a des conséquences artistiques décisives.

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Sept Lears
photo: Laurent ZITTE

Programme du stage :

Nous commencerons par une série d’improvisations. Elles permettront de nous familiariser avec la technique de l’utilisation d’un centre imaginaire et de la perspective de l’événement comme moteurs de l’action. Elles développeront la capacité à créer des séquences et à manier des rythmes intérieurs et extérieurs variés. Elles stimuleront le sens de la composition.
La notion d’événement sera centrale. Qu’est-ce qui se passe ? Ou, autrement dit : qu’est-ce qui change? Telle sera la question sans cesse posée et reposée, à chaque scène, chaque réplique, chaque silence.
Apparaîtra alors la problématique de l’action physique comme lieu d’expression et de circulation de contenus mentaux, émotionnels, intellectuels, voire spirituels. Nous chercherons l’impulsion de l’action à l’intérieur du corps.
Sera ensuite abordée la question de la répétition : comment reprendre une composition sans procéder par imitation extérieure de mouvements, de placements ou d’intonations, mais au contraire en élaborant le parcours intérieur qui l’a produite ? De plusieurs répétitions d’une composition émergera la partition. L’ensemble de cette étape vise à fournir au comédien une technique non d’imitation mais de recréation toujours vivante de l’action.
Ce travail aura une influence directe, comme par osmose, sur le travail parallèle autour d’une sélection de scènes. Les modèles de jeu nés des expérimentations seront transposés naturellement dans le travail à partir d’un texte écrit.
Nous aborderons d’emblée toute une palette des scènes. Il s’agira de concevoir et de composer une action dramatique qui exploite et déploie la complexité des scènes, du langage, du style et du sens, mais sans jamais se laisser enfermer par aucune de ces dimensions, c’est-à-dire sans jamais perdre le caractère organique, la vitalité propre qui donnent à l’action son existence scénique.

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Andrzej Seweryn dans « Le Navigateur », mise en scène de Jerzy Klesyk au Teatr National Polski

Nous insisterons sur la nécessité de jouer d’une façon organique et sur le sens de la composition.
Nous nous donnons également pour règle la possibilité de proposer aux comédiens d’autres expériences en fonction des difficultés et des intuitions du moment.

Enfin chaque séance de travail comprendra, cela va de soi, échauffements, training, travail du corps, de la voix, de la respiration. Ce travail quotidien formera un tout technique avec les improvisations et les scènes.

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« Le songe d’une nuit d’été » Cie Sakidi, St-denis de la Réunion
photo: Laurent ZITTE